Catégorie : Art Brut

  • Vojislav Jakić

    Vojislav Jakić

    Dessinateur serbe de l’art brut, né en 1932 à Veliki Radobilj, près de Bitola (Macédoine), mort en 2003.

    Parcours

    Fils d’un prêtre orthodoxe originaire du Monténégro, il grandit dans un foyer très religieux et sévère. Vers 1935, la famille s’installe à Despotovac, petite ville du centre de la Serbie. Avant ses huit ans, il perd sa sœur aînée et son frère cadet, emportés par la diphtérie et la scarlatine ; à la mort de son père, il vit avec sa mère dans une grande pauvreté, de sa seule pension. Enfant, il voit son père célébrer les funérailles des morts portés à l’église. À huit ans, il dessine un Portrait de la mère ; adolescent, il gagne un peu d’argent en faisant le portrait des défunts pour leurs familles.

    Vers 20 ans, en 1952, il part pour Belgrade étudier le dessin et la sculpture, mais l’école lui sert surtout d’abri pour la nuit. Il fréquente les ateliers et cherche à exposer, sans succès : artiste provincial, sans formation et sans argent, il trouve les portes fermées. Au bout de cinq ans environ, il retourne vivre chez sa mère, puis se marie.

    L’œuvre

    Il dessine au stylo à bille, à la gouache, aux crayons ordinaires et aux crayons de cire. À partir de 1970, il réalise de grands formats, dont des rouleaux de plus de cinquante mètres. Ses compositions très denses se peuplent d’insectes, de figures embryonnaires et d’êtres humains.

    Expositions et collections

    • 1979 : exposition personnelle, Collection de l’Art Brut, Lausanne (13 juin-16 septembre)
    • Collection de l’Art Brut, Lausanne : notamment Les effrayants insectes cornus (1970) et Svetogrde II (Sacrilège II) (2002)
  • Stanislav Holas

    Dessinateur médiumnique tchèque (1905-1989), issu du cercle spirite de Moravie du Sud.

    Parcours

    Tonnelier de métier, il est aussi policier. Il dessine presque toute sa vie, en alternant de longues pauses et des périodes très fécondes ; la plus prolifique suit la mort de sa femme, en 1969. Ses dessins sont montrés dans plusieurs expositions spirites, dont une à New York en 1937.

    L’œuvre

    Ses premiers dessins, vers 1920, sont encore figuratifs. Dans les années 1940, la figuration disparaît au profit d’objets vibrants aux couleurs chaudes délicatement dégradées, ou de formes rondes et ondulantes. Certaines feuilles portent des écrits spirites. Une série des années 1960 s’inspire des ornements des costumes populaires de Moravie du Sud. Il travaille notamment à la mine de plomb sur papier.

  • Josef Hofer

    Josef Hofer

    Dessinateur autrichien de l’art brut, né en 1945 à Wegscheid (Bavière), dans les dernières semaines de la Seconde Guerre mondiale. Il vit et travaille à Ried im Innkreis (Haute-Autriche).

    Parcours

    Atteint d’un handicap physique et mental et presque totalement sourd à la suite d’otites, Josef Hofer n’a jamais été scolarisé ni appris la langue des signes. Il grandit avec ses parents et son frère, lui aussi handicapé, dans une petite ferme du nord du Mühlviertel, en Haute-Autriche. En 1982, quelques années après la mort du père, la famille s’installe à Kirchschlag. À partir de 1985, il passe ses journées dans un centre de l’association Lebenshilfe à Linz, puis vit depuis 1992 dans un établissement de la même association à Ried im Innkreis.

    En 1997, il rencontre l’historienne de l’art Elisabeth Telsnig, qui anime un atelier de dessin à Ried et devient sa mentore. C’est par ses dons que la Collection de l’Art Brut de Lausanne réunit une centaine de ses œuvres. Il signe souvent du surnom « Pepi ».

    L’œuvre

    Il dessine à la mine de plomb, en traçant ses lignes le long d’une baguette de bois qui lui sert de règle, puis aux crayons de couleur. Il travaille très lentement. Son sujet central est la figure masculine, presque toujours nue, et la sexualité, représentée sans détour : des autoportraits, souvent fragmentés, privés de tête ou de membres inférieurs. Un miroir posé au sol face à son lit, dans lequel il s’observe des heures chaque jour, devient dans ses dessins un grand cadre rectangulaire autour des figures. Ces cadres apparaissent en 2002, deviennent systématiques en 2003 et occupent toute la feuille vers 2011 ; il les colore de teintes constantes, de préférence l’orange et le jaune. Il dessine aussi des chevaux, des objets de son environnement et, plus tard, des nus féminins.

    Expositions et collections

    • 2003 : première exposition personnelle, Collection de l’Art Brut, Lausanne
    • 2004 : prix euward
    • 2011-2012 : « alter ego », galerie christian berst, Paris ; galerie am Stein, Schärding
    • 2012 : « Josef Hofer et le miroir », Collection de l’Art Brut, Lausanne (une cinquantaine de dessins, commissaire Sarah Lombardi)
    • Collections : Collection de l’Art Brut, Lausanne ; Centre Pompidou (donation Bruno Decharme, 2021) ; The Museum of Everything ; collections Arnulf Rainer, Hannah Rieger et Treger-Saint Silvestre
  • Karel Havlíček

    Karel Havlíček

    Dessinateur tchèque, né en 1907 à Berlin, mort en 1988 à Kadaň (Bohême).

    Parcours

    Il grandit dans une famille d’artistes : son père, Karel Havlíček, est peintre et décorateur de théâtre, et son cousin, l’architecte Josef Havlíček, est lié aux surréalistes pragois. Après l’école à Berlin, il suit ses parents à Prague en 1923, achève le lycée puis la faculté de droit de l’université allemande de Prague, où il obtient son doctorat en 1934.

    De 1936 à 1949, il est juriste et fonctionnaire de police dans plusieurs villes de Bohême, et dirige la police régionale de Kadaň. Écarté après le coup de Prague de 1948, il est arrêté deux fois par la police secrète entre 1949 et 1955. Il travaille ensuite comme dessinateur et peintre dans une fabrique de porcelaine de Klášterec nad Ohří (1949-1955), puis comme ouvrier dans la céramique, une carrière et le bâtiment jusqu’en 1970.

    En 1945, il décide de consacrer sa vie au dessin et s’impose à partir de novembre une pratique quotidienne, le soir, qu’il tiendra des décennies. Le théoricien Karel Teige lui consacre une longue analyse ; l’exposition qu’il prépare pour lui en 1948 est interdite. Sous le régime communiste, son œuvre n’est presque pas montrée, défendue par quelques proches comme Teige, Vratislav Effenberger et Ivo Pondělíček. Sa première exposition personnelle a lieu en 1963, à la salle Mánes de Prague. La galerie municipale de Kadaň porte aujourd’hui son nom.

    L’œuvre

    Il dessine surtout en noir et blanc, au crayon et à la mine de plomb, parfois aux crayons de couleur : un motif dominant par feuille, des titres qui orientent le sens de l’image. Il y déploie une mythologie personnelle de créatures oniriques, de plantes et de monstres, du côté du monstrueux et du grotesque. Teige rapprochait en partie son travail de l’art brut. Une exposition du Wilhelm Lehmbruck Museum, en 1998, présente ses dessins sous le titre Imaginäre Skulpturen (sculptures imaginaires).

    Expositions et collections

    • 1963 : première exposition personnelle, salle Mánes, Prague
    • 1980 : Museum moderner Kunst, Vienne ; 1983 et 1985 : Museum Ludwig, Cologne ; 1991 et 1998 : Wilhelm Lehmbruck Museum, Duisbourg
    • 2002 : « L’art brut tchèque », Halle Saint-Pierre, Paris ; 2004 : « abcd, une collection d’art brut », Pavillon des arts, Paris
    • Collections : Muzeum umění Olomouc ; Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (donation Bruno Decharme, 2021)
  • Joaquim Vicens Gironella

    Joaquim Vicens Gironella

    Sculpteur et écrivain catalan de l’art brut, né en 1911 à Agullana (Catalogne), mort en 1997 à Toulouse.

    Parcours

    Issu d’une famille de bouchonniers, il apprend de ses parents le travail du liège et l’exerce lui-même. Il reçoit une instruction rudimentaire mais se passionne tôt pour l’écriture : adolescent, il publie dans la presse locale des articles et des poèmes consacrés au chêne-liège.

    Antifasciste, il entre au comité antifasciste et au conseil municipal de son village, puis s’engage dans l’armée républicaine en 1936, où il dirige une publication du front. En février 1939, après la victoire franquiste, il passe en France ; arrêté à Perpignan, il est interné plus d’un an au camp de Bram (Aude). Installé à Toulouse, il travaille dans une fabrique de bouchons et fonde une famille avec Paz Santiago Ruiz, réfugiée comme lui, dont il a trois filles. Sous l’Occupation, il est envoyé au camp du Récébédou, puis au Croisic, où il travaille pour l’organisation Todt sur le mur de l’Atlantique.

    Jean Dubuffet découvre ses sculptures à Paris, dans le bureau de René Lajus, administrateur de la fabrique, et lui consacre fin 1948 une exposition au Foyer de l’art brut, avec la participation d’André Breton. Gironella écrit toute sa vie des poèmes, des pièces de théâtre et des romans, longtemps sans éditeur, ainsi qu’un récit autobiographique, L’exil, mon village et moi (1984).

    L’œuvre

    Vers 1941, il essaie l’argile, qui ne lui convient pas, puis se consacre au liège, qu’il taille dans la masse, en ronde-bosse comme en bas-relief. Ses figures, issues de son imaginaire et nourries de souvenirs de sa Catalogne natale, jouent d’une perspective fantasque et de membres disproportionnés qui accusent leur expressivité. Il réalise plus tard des panneaux muraux inspirés de la Catalogne, de l’art islamique et de l’art médiéval. En 1990, il publie Exaltació del suro, recueil de poèmes et d’images entièrement fait de liège.

    Expositions

    • 1948 : exposition personnelle au Foyer de l’art brut, Paris, organisée par Jean Dubuffet
    • 1967 : « L’art brut », musée des Arts décoratifs, Paris
    • 2021 : « Dubuffet: Brutal Beauty », Barbican, Londres
    • 2022-2023 : exposition monographique au Museu de l’Exili, La Jonquera, puis au musée du Liège de Palafrugell
    • 2023 : exposition à la galerie christian berst, Paris
  • Madge Gill

    Madge Gill

    Dessinatrice médiumnique britannique, de son vrai nom Maude Ethel Eades, née le 19 janvier 1882 dans l’est de Londres, morte en 1961.

    Parcours

    Considérée comme une enfant illégitime, elle est tenue à l’écart pendant ses premières années. À neuf ans, bien que sa mère soit encore en vie, elle est placée dans un foyer du Dr Barnardo à Barkingside. En 1896, elle fait partie des enfants envoyés au Canada, où elle est placée comme domestique dans des fermes de l’Ontario. Revenue à East Ham en 1900, elle vit chez une tante qui l’initie au spiritisme et à l’astrologie, et travaille comme infirmière à l’hôpital de Whipps Cross.

    À 25 ans, elle épouse son cousin Thomas Edwin Gill, agent de change. Le couple a trois fils. Le deuxième, Reginald, meurt de la grippe espagnole ; l’année suivante, elle met au monde une fille mort-née. La maladie qui suit la cloue au lit plusieurs mois et la laisse aveugle de l’œil gauche. C’est alors, vers 1920, à 38 ans, qu’elle se met soudain à dessiner. Après la mort de son fils aîné en 1958, elle sombre dans l’alcool et cesse de dessiner. Des milliers de dessins sont découverts chez elle à sa mort.

    L’œuvre

    Madge Gill attribue son travail à un esprit guide qu’elle nomme Myrninerest (« my inner rest », mon repos intérieur), nom dont elle signe souvent ses œuvres. Par crainte de le contrarier, elle ne vend jamais rien. Elle dessine surtout à l’encre noire, sur des supports allant de la carte postale à de longs lés de calicot, dont certains dépassent neuf mètres ; elle tricote, tisse et écrit aussi. Prolifique, elle peut achever des dizaines de dessins en une nuit.

    Ses compositions déclinent des visages féminins ovales aux grands yeux en amande, souvent fixes, pris dans des damiers et des architectures en labyrinthe, les corps presque absents ou dissimulés sous de lourds vêtements. L’historien de l’art Roger Cardinal parle à son propos d’« un art de la dissimulation ».

    Expositions et collections

    • Whitechapel Gallery, Londres : expositions de 1932 à 1947, dont celle de 1939 où elle montre une œuvre d’environ 40 mètres couvrant tout un mur
    • 2006 : « Outsider Art », Tate Britain ; 2019 : « Myrninerest », William Morris Gallery, Londres ; 2024 : Biennale de Venise
    • Collections : London Borough of Newham (fonds principal) ; Collection de l’Art Brut, Lausanne ; LaM, Villeneuve-d’Ascq (donation L’Aracine, 1999) ; Centre Pompidou (donation Bruno Decharme, 2021)
    • À la galerie : Sans titre, 1953, 63 x 51 cm, présenté dans l’exposition « Art brut » (juin-juillet 2022)
  • Eugène Gabritschevsky

    Eugène Gabritschevsky

    Biologiste et peintre russe, figure de l’art brut, né le 3 décembre 1893 à Moscou, mort le 5 avril 1979 à Haar, près de Munich.

    Parcours

    Deuxième de cinq enfants, il grandit dans un milieu aisé de scientifiques. Son père, Georg Gabritschevsky (1860-1907), bactériologiste de renom international, a travaillé avec Louis Pasteur à Paris et Robert Koch en Allemagne, et fonde à Moscou le premier institut d’épidémiologie et de microbiologie. Les enfants reçoivent l’enseignement d’une vingtaine de précepteurs. Selon son frère Georg, Eugen dessine déjà quand il sait à peine lire et écrire.

    Il entre en 1913 à l’université de Moscou pour étudier la biologie, l’hérédité et l’entomologie. Il quitte définitivement l’Union soviétique en 1924 et arrive à New York en janvier 1925 pour travailler à l’université Columbia auprès de Thomas Hunt Morgan, puis au laboratoire de Woods Hole en 1926. De 1927 à 1929, il poursuit ses recherches sur les mutations des insectes à l’Institut Pasteur, à Paris, sous la direction du professeur Roux. Invité à l’université d’Édimbourg en 1931, il doit s’interrompre en octobre de la même année : sa santé mentale se dégrade.

    Interné en 1931 à l’hôpital psychiatrique d’Eglfing-Haar, il y passe le reste de sa vie, hormis quelques séjours chez des proches. Jean Dubuffet découvre son œuvre en 1948 par son médecin. En 1960, à l’initiative de Dubuffet, le galeriste vençois Alphonse Chave se rend en Allemagne et acquiert plus de 5 000 feuilles. Une grande partie passe ensuite à la galerie Daniel Cordier.

    L’œuvre

    En une trentaine d’années, il produit des milliers d’œuvres sur papier, à la gouache et à l’aquarelle surtout, mais aussi au crayon, au fusain et au pastel. Il multiplie les procédés : frottage, tamponnage, grattage, pliage, éponge, chiffon, décalcomanie. Il peint sur des supports de récupération : papier calque, films radiographiques, pages de magazines, calendriers, documents administratifs de l’hôpital.

    On y trouve des paysages peuplés ou déserts, des villes et des foules, des scènes nocturnes (carnavals, fêtes, concerts), des corps en mutation, des êtres hybrides et des bestiaires de créatures fabuleuses. Max Ernst lui achète cinq peintures en 1972.

    Expositions et collections

    • 2016 : rétrospective à la maison rouge, Paris (environ 250 œuvres), reprise à la Collection de l’Art Brut, Lausanne (2016-2017) et à l’American Folk Art Museum, New York (2017)
    • Collection de l’Art Brut, Lausanne (œuvres acquises par Dubuffet pour la Compagnie de l’art brut)
    • Musée national d’art moderne, Centre Pompidou (donation Daniel Cordier, 1989), en dépôt aux Abattoirs, Toulouse
    • À la galerie : Sans titre, 1960, aquarelle et gouache sur papier, 20 x 28,5 cm, présenté dans l’exposition « Art brut » (juin-juillet 2022) ; œuvres présentées dans « Coups de cœur : art brut, art naïf, art singulier » (mars-avril 2024)
  • Johann Fischer

    Johann Fischer

    Dessinateur autrichien de l’art brut, né le 5 octobre 1919 à Eggendorf am Wagram (Basse-Autriche), mort le 23 septembre 2008. Il appartient au groupe des artistes de Gugging.

    Parcours

    Troisième de sept enfants, il grandit dans une petite exploitation agricole et viticole. Après l’école primaire, il fait un apprentissage de boulanger, qu’il mène jusqu’à la maîtrise. Incorporé dans l’armée allemande en 1940, il est fait prisonnier par les Américains. Un an après la fin de la guerre, il reprend la ferme familiale comme vigneron.

    Il consulte pour la première fois en psychiatrie en 1957, puis retravaille comme boulanger. Il devient ensuite patient permanent de l’hôpital psychiatrique de Gugging, près de Vienne (en 1961 selon le musée Gugging, en 1967 selon la Collection de l’Art Brut). En 1982, il rejoint le groupe de résidents du centre d’art-psychothérapie fondé par le psychiatre Leo Navratil, l’actuelle Maison des artistes (Haus der Künstler).

    L’œuvre

    C’est au contact de l’activité artistique de la Maison des artistes qu’il commence à dessiner, au crayon et à la mine de plomb : des animaux, des objets, des personnages saisis dans leur métier. À partir de 1984, il introduit les crayons de couleur, surtout des jaunes et des bruns chauds, et ses compositions deviennent denses et serrées.

    À la fin des années 1980, l’écriture envahit la feuille : un texte calligraphié sur des lignes qu’il trace lui-même, découpé en sections numérotées pour indiquer l’ordre de lecture. Le texte finit par dominer, l’image ne servant plus que d’illustration. Ses commentaires, souvent politiques, sociaux ou religieux, parlent de la famille, de la maladie, de l’agriculture, des machines, du catholicisme et surtout de l’Autriche, qu’il évoque en patriote sans s’interdire d’en dénoncer les injustices.

    Expositions et collections

    • 1983 : exposition des artistes de Gugging au Museum moderner Kunst, Vienne
    • Collection de l’Art Brut, Lausanne
  • Philippe Dereux

    Philippe Dereux

    Créateur français, né en 1918 à Lyon, mort en 2001, connu pour ses tableaux d’épluchures.

    Parcours

    Philippe Dereux naît dans une famille modeste de petits commerçants. Instituteur de formation, il enseigne dans une école de Villeurbanne jusqu’à sa retraite, en 1973.

    À l’été 1955, à Vence, il fait la connaissance de Jean Dubuffet. Il collecte pour lui des papillons et l’aide à réaliser ses assemblages d’ailes de papillons et de feuilles. En 1959, il commence à composer ses propres œuvres à partir de résidus végétaux.

    L’œuvre

    Dereux réalise des compositions abstraites et décoratives, mais aussi des portraits, faits d’épluchures de fruits et de légumes et de graines diverses. Il les colore au brou de noix, à l’huile ou à la gouache. En 1966, il publie chez Julliard le Petit Traité des épluchures, où il expose sa démarche.

    Parmi ses œuvres : Paris la nuit (1973), peinture sur collage d’épluchures sur panneau, 64 x 48,5 cm ; L’Idole aux mains tendues (1973), acrylique et collage sur bois, 73 x 52 cm.

    Expositions

    • Galerie Les Yeux Fertiles : « Coups de cœur. Art brut, art naïf, art singulier », 15 mars au 13 avril 2024, avec notamment Paris la nuit (1973)
  • Roger Chomeaux

    Roger Chomeaux

    Peintre, sculpteur, architecte, poète et cinéaste français, né Roger Chomeaux le 28 janvier 1907 à Berlaimont (Nord), mort le 19 juin 1999 à Achères-la-Forêt (Seine-et-Marne).

    Parcours

    Roger Chomeaux étudie à l’école d’art de Valenciennes de 1921 à 1925, puis à l’École des beaux-arts de Paris de 1926 à 1928. Pour vivre, il travaille comme décorateur de tapis pour une entreprise de la région parisienne. Fait prisonnier pendant la Seconde Guerre mondiale, il est déporté en Pologne. Après la guerre, il pratique la gouache, la céramique et s’essaie au cinéma.

    En mai 1960, la galerie Jean Camion, 8 rue des Beaux-Arts, présente ses Bois brûlés sous le titre « Expressions noires ». L’exposition attire un large public, dont André Breton, Salvador Dalí et Picasso, mais Chomo, furieux du succès commercial qui s’annonce, la torpille. À cinquante-trois ans, il rompt avec l’art de son temps et adopte le nom de Chomo.

    Il se retire à Achères-la-Forêt, en forêt de Fontainebleau, sur un terrain acquis par sa femme vingt ans plus tôt, dans une maison préfabriquée sans eau courante ni chauffage. Devenu « l’Ermite de la forêt de Fontainebleau », il y vit seul une quarantaine d’années et y bâtit son Village d’art préludien.

    L’œuvre

    Récupération et recyclage sont au cœur de sa pratique. Fasciné par la foudre et la combustion, Chomo laisse le feu entailler le bois, qu’il goudronne puis peint : ce sont les Bois brûlés. Dans la forêt, il élève trois architectures-sculptures, le Refuge, l’Église des pauvres et le Sanctuaire des Bois brûlés (réalisé à partir de 1961, constructions achevées en 1963), avec du plâtre, du grillage, des bouteilles, du bois mort et des déchets de plastique mêlés à la terre et à la pierre.

    Pour Michel Thévoz, il préfigure « sur un mode utopique une dissolution de l’art par extension dans le réel ». À quatre-vingts ans, il entreprend avec le réalisateur Clovis Prévost le tournage du Débarquement spirituel. Images de lumière, éclairé par Jean-Pierre Nadau ; une version de quarante minutes, montée par Frédéric Michaudet, a vu le jour en 2019.

    « Il faut recréer une religion propre, une religion de la pureté. Il faut recommencer à zéro. » (Chomo)

    Expositions et collections

    • « Expressions noires », galerie Jean Camion, Paris, 1960
    • Village d’art préludien, Achères-la-Forêt : site préservé depuis 2015 par l’Association des Amis de Chomo, ouvert à la visite
    • Galerie Les Yeux Fertiles : « Josette Rispal et Chomo », 27 novembre 2025 au 8 janvier 2026, en collaboration avec Maître Aymeric Rouillac ; œuvres présentées : Totem, vers 1960, bois brûlé, 87 x 35 x 26 cm ; Fétiche à clous, vers 1960, bois brûlé et métal, repris dans les années 1990, h. 123 cm