Biologiste et peintre russe, figure de l’art brut, né le 3 décembre 1893 à Moscou, mort le 5 avril 1979 à Haar, près de Munich.
Parcours
Deuxième de cinq enfants, il grandit dans un milieu aisé de scientifiques. Son père, Georg Gabritschevsky (1860-1907), bactériologiste de renom international, a travaillé avec Louis Pasteur à Paris et Robert Koch en Allemagne, et fonde à Moscou le premier institut d’épidémiologie et de microbiologie. Les enfants reçoivent l’enseignement d’une vingtaine de précepteurs. Selon son frère Georg, Eugen dessine déjà quand il sait à peine lire et écrire.
Il entre en 1913 à l’université de Moscou pour étudier la biologie, l’hérédité et l’entomologie. Il quitte définitivement l’Union soviétique en 1924 et arrive à New York en janvier 1925 pour travailler à l’université Columbia auprès de Thomas Hunt Morgan, puis au laboratoire de Woods Hole en 1926. De 1927 à 1929, il poursuit ses recherches sur les mutations des insectes à l’Institut Pasteur, à Paris, sous la direction du professeur Roux. Invité à l’université d’Édimbourg en 1931, il doit s’interrompre en octobre de la même année : sa santé mentale se dégrade.
Interné en 1931 à l’hôpital psychiatrique d’Eglfing-Haar, il y passe le reste de sa vie, hormis quelques séjours chez des proches. Jean Dubuffet découvre son œuvre en 1948 par son médecin. En 1960, à l’initiative de Dubuffet, le galeriste vençois Alphonse Chave se rend en Allemagne et acquiert plus de 5 000 feuilles. Une grande partie passe ensuite à la galerie Daniel Cordier.
L’œuvre
En une trentaine d’années, il produit des milliers d’œuvres sur papier, à la gouache et à l’aquarelle surtout, mais aussi au crayon, au fusain et au pastel. Il multiplie les procédés : frottage, tamponnage, grattage, pliage, éponge, chiffon, décalcomanie. Il peint sur des supports de récupération : papier calque, films radiographiques, pages de magazines, calendriers, documents administratifs de l’hôpital.
On y trouve des paysages peuplés ou déserts, des villes et des foules, des scènes nocturnes (carnavals, fêtes, concerts), des corps en mutation, des êtres hybrides et des bestiaires de créatures fabuleuses. Max Ernst lui achète cinq peintures en 1972.
Expositions et collections
- 2016 : rétrospective à la maison rouge, Paris (environ 250 œuvres), reprise à la Collection de l’Art Brut, Lausanne (2016-2017) et à l’American Folk Art Museum, New York (2017)
- Collection de l’Art Brut, Lausanne (œuvres acquises par Dubuffet pour la Compagnie de l’art brut)
- Musée national d’art moderne, Centre Pompidou (donation Daniel Cordier, 1989), en dépôt aux Abattoirs, Toulouse
- À la galerie : Sans titre, 1960, aquarelle et gouache sur papier, 20 x 28,5 cm, présenté dans l’exposition « Art brut » (juin-juillet 2022) ; œuvres présentées dans « Coups de cœur : art brut, art naïf, art singulier » (mars-avril 2024)


