Catégorie : Art Brut

  • Kashinath Chawan

    Kashinath Chawan

    Dessinateur indien autodidacte, cireur de chaussures et cordonnier dans l’État du Maharashtra (Inde).

    Parcours

    Kashinath Chawan est issu d’une famille de cordonniers : son grand-père et son père exerçaient déjà ce métier, qu’il pratique lui-même depuis l’âge de quinze ans. Il vit dans un bidonville et tient un petit étal de cireur de chaussures en ville. Illettré, il n’a reçu aucune formation artistique et ne nourrit aucune ambition d’artiste : il dessine pour apaiser ses soucis.

    Dans les années 1980, renversé à vélo par un camion, il subit une triple fracture et perd pour un temps l’usage du bras droit. Le dessin lui sert aussi de rééducation : les va-et-vient répétés du stylo assouplissent son bras blessé. Il dessine sur le trottoir, assis en tailleur, surtout pendant les heures creuses de l’après-midi, et souvent la nuit, quand sa famille dort.

    L’œuvre

    Chawan dessine au stylo à bille, souvent de couleur, sur des morceaux de carton arrachés à de vieilles boîtes à chaussures ou sur des papiers ramassés dans la rue. Loin de les considérer comme des obstacles, il voit dans les défauts de ces supports une ressource.

    Il ne fait aucune esquisse préparatoire. Le trait, d’abord léger, est repris par passages successifs et se densifie peu à peu : il en tire des effets de clair-obscur et une grande douceur graphique. Ses sujets viennent de la tradition indienne : divinités hindoues (Shiva), maîtres spirituels (Swami Samarth, Sant Gajanan Maharaj, Sai Baba), scènes du Mahabharata et du Ramayana, mais aussi figures politiques et vedettes de Bollywood.

    Expositions

    • « summer variations #2 », galerie christian berst, Paris, 5 au 26 juillet 2025
  • Raimundo Camilo

    Créateur brésilien d’art brut, né en 1939 ou en 1943 (les sources divergent) dans l’État du Ceará, au nord-est du Brésil, mort en 2015.

    Parcours

    Jeune homme, Raimundo Camilo quitte sa région natale pour Rio de Janeiro, où il enchaîne les emplois précaires sur des chantiers et dans des cuisines. Un employeur ayant refusé de le payer, il se retrouve à la rue, sans argent et désorienté.

    En 1964, il entre à la Colonia Juliano Moreira, hôpital psychiatrique de Rio, où il reste une cinquantaine d’années, avant d’être recueilli par sa sœur. Il y côtoie Arthur Bispo do Rosário, interné dans le même établissement et devenu depuis la figure majeure de l’art brut brésilien.

    L’œuvre

    Camilo dessine des billets de banque imaginaires, souvent recto verso, agenouillé devant son lit. Il travaille sur ce qui lui tombe sous la main : emballages, formulaires administratifs, papiers imprimés. Il emploie le feutre, le stylo à bille, la gouache et des couleurs qu’il fabrique lui-même, par exemple à partir de café.

    Chaque billet porte une tête, tantôt celle d’un roi, tantôt celle d’un cangaceiro, ce bandit nomade du Nordeste devenu héros populaire. Il offre volontiers ces billets aux membres du personnel qu’il apprécie, en particulier aux femmes. Lui-même refusait de parler d’art : il disait simplement accomplir son « devoir ».

    Expositions et collections

    • Museu Oscar Niemeyer (Brésil), 2005, aux côtés d’Arthur Bispo do Rosário
    • Première présentation en Europe : exposition « objet trouvé », galerie christian berst, Paris, 2008
    • « Living in Art Brut », collection Hannah Rieger, museumkrems (Autriche), 2017
    • « Art brut. Dans l’intimité d’une collection. La Donation Decharme au Centre Pompidou », Grand Palais, Paris, 2025
    • Collections publiques : Musée national d’art moderne, Centre Pompidou (donation Bruno Decharme, 2021) ; LaM, Villeneuve-d’Ascq ; Museu Oscar Niemeyer
  • Charles Boussion

    Charles Boussion

    Dessinateur français, dit Cako, né en 1925 à Biarritz, mort le 9 mars 2021 à Montpellier.

    Parcours

    Abandonné enfant par sa mère, issue de l’aristocratie et liée à la couronne d’Espagne, Charles Boussion n’a guère connu son père, disparu très tôt. Il fréquente dans son enfance les milieux de l’émigration russe. Jeune homme, il rejoint le mouvement zazou et entre dans la Résistance pendant la guerre.

    En 1946, il épouse Bernadette Morelon de Beaulieu, alors âgée de dix-huit ans ; ils ont une fille, Marie-Hélène. Il est longtemps représentant pour les parfums L.T. Piver. Un grave accident de voiture le plonge dans une profonde dépression, au sortir de laquelle, vers cinquante ans, soutenu par sa femme, il commence à dessiner.

    L’œuvre

    Bernadette est sa muse et son modèle. Boussion reprend sans cesse une même photographie d’elle, photocopiée, qu’il rehausse à la gouache, au feutre, au stylo et au surligneur, et qu’il retravaille souvent en photocopiant de nouveau l’œuvre. Elle y devient madone, Vierge à l’Enfant ou pin-up métisse ou noire, mais jamais blanche. L’image centrale change peu ; ce sont les ornements qui l’entourent qui varient.

    Ces ornements empruntent à la tradition de l’icône, à l’orfèvrerie mauresque et à l’enluminure, et mêlent influences orientales, exubérance baroque, religiosité russe, souvenirs de voyages et références basques. Au dos, la plupart des œuvres portent des textes manuscrits, poétiques ou mémoriels ; Cako fait partie de sa signature. Le collectionneur et galeriste Pascal Saumade a réuni plus de trois mille de ses œuvres.

    Expositions et collections

    • Acquisitions 2012-2018, Collection de l’Art Brut, Lausanne, 2018
    • Art Brut : Frame Work, Collection de l’Art Brut, 2021
    • Croyances, biennale de l’Art Brut, Collection de l’Art Brut, 17 décembre 2021 – 24 avril 2022
  • Thérèse Bonnelalbay

    Thérèse Bonnelalbay

    Dessinatrice française, née en 1931 à Magalas (Hérault), morte en 1980.

    Parcours

    Fille d’un mineur de charbon, Thérèse Bonnelalbay grandit dans un milieu modeste. Elle part pour Marseille, où elle travaille comme infirmière. En 1959, elle épouse l’instituteur Joseph Guglielmi ; le couple, très engagé, fréquente les réunions du Parti communiste, et ils ont deux enfants.

    En 1963, au cours d’une de ces réunions, elle se met à dessiner spontanément à l’encre sur une feuille de papier. Son mari, frappé par les formes qui naissent, l’encourage à poursuivre. La famille s’installe plus tard à Ivry-sur-Seine. Le 16 février 1980, Thérèse Bonnelalbay disparaît ; son corps est retrouvé un mois plus tard dans la Seine.

    L’œuvre

    Elle travaille à la plume et à l’encre de Chine sur papier blanc, laissant sa main courir librement. Les premiers dessins, figuratifs (profils, formes végétales, motifs reconnaissables), évoluent vers l’abstraction et un réseau de signes entre dessin et écriture, qui évoque un alphabet imaginaire ; la critique l’a rapprochée d’Henri Michaux.

    Jean Dubuffet admire son travail, et ses dessins figurent dès 1967 dans l’exposition historique L’Art brut au musée des Arts décoratifs de Paris. Un dossier lui est consacré dans le fascicule n° 11 de la Collection de l’Art Brut.

    Expositions et collections

    • L’Art brut, musée des Arts décoratifs, Paris, 1967
    • In abstracto #2, galerie Christian Berst, Paris, 5 mars – 30 mai 2020
    • Collection de l’Art Brut, Lausanne
    • LaM, Villeneuve-d’Ascq
    • abcd / ART BRUT, collection Bruno Decharme
  • Anselme Boix-Vives

    Anselme Boix-Vives

    Peintre autodidacte d’origine espagnole, né en 1899 à Herbeset (Espagne), mort en 1969 à Moûtiers (Savoie).

    Parcours

    Né dans une famille pauvre, sans accès à l’instruction, Anselme Boix-Vives émigre en France à dix-huit ans. En 1926, il reprend un commerce de fruits et légumes à Moûtiers, en Savoie, qu’il tient l’essentiel de sa vie. Pacifiste convaincu, il rédige et publie un « plan de paix » destiné à sauver le monde, qu’il adresse sans succès au général de Gaulle, à la reine d’Angleterre et au pape.

    Il prend sa retraite en 1962 ; sa femme meurt quelques mois plus tard. Son fils Michel, se souvenant des dessins qu’il traçait au dos des factures du magasin, l’encourage à peindre. Commence alors une nouvelle vie : en sept ans, jusqu’à sa mort en 1969, il réalise plus de deux mille œuvres.

    L’œuvre

    Gouaches, huiles, peintures au Ripolin et dessins composent une œuvre aux couleurs franches, peuplée de rois, de châtelaines, de figures lunaires, de personnalités de son temps, de gens ordinaires et de scènes de jungle. Sa quête de paix universelle traverse ses tableaux. Dès 1964, il expose à la galerie Breteau à Paris, et André Breton reproduit l’une de ses œuvres en couverture de la revue La Brèche. Action surréaliste.

    Expositions et collections

    • Galerie Breteau, Paris, 1964
    • Uppsala Konstmuseum (Suède), 25 mai – 5 septembre 2019
    • Art brut. Dans l’intimité d’une collection, Grand Palais, Paris, 20 juin – 21 septembre 2025
    • Musée national d’art moderne, Centre Pompidou (donation Bruno Decharme, 2021) : Châtelaine espagnole, 1964, gouache sur carton ; Portrait de M. Simon, 1969 ; Grande figure, 1969
    • Coups de cœur : art brut, art naïf, art singulier, Galerie Les Yeux Fertiles, Paris, 15 mars – 13 avril 2024
  • Noviadi Angkasapura

    Noviadi Angkasapura

    Dessinateur indonésien, né en 1979 à Jayapura, en Nouvelle-Guinée occidentale (Indonésie).

    Parcours

    Noviadi Angkasapura dessine depuis l’enfance, sans formation artistique. Jeune adulte, il reçoit la visite d’un esprit qui lui demande de dessiner, autour des notions de patience et de paix. « C’était comme un rêve, mais je ne dormais pas », a-t-il raconté. Cet esprit lui confère aussi le titre de Ki Raden Sastro Inggil, qui figure sur de nombreux dessins à côté de sa signature.

    Il vit depuis 2009 à Jakarta avec sa femme et leurs deux enfants. Il est défendu par la Henry Boxer Gallery au Royaume-Uni et par la Cavin-Morris Gallery à New York, qui a présenté ses œuvres à l’Outsider Art Fair de Paris en 2013 et lui a consacré un catalogue.

    L’œuvre

    Pour Angkasapura, dessiner est une prière et une méditation, dans le cadre de sa foi musulmane, et le moyen de transmettre les messages reçus, qu’il ne prétend pas interpréter. Ses compositions denses, très colorées, peuplées de figures et de signes énigmatiques, puisent dans la religion musulmane, l’iconographie indonésienne et le théâtre de marionnettes.

    Il travaille au stylo-bille, au feutre, au crayon graphite, aux crayons de couleur et au pastel à l’huile, souvent sur des papiers et des cartons de récupération. Il rêve de fonder son propre musée, le musée Angkasapura Raden Sastro Inggil, qui pourrait réunir un million de dessins.

    Expositions et collections

    • Collection de l’Art Brut, Lausanne
    • abcd / ART BRUT, collection Bruno Decharme
    • Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris (donation Bruno Decharme, 2021)
    • Collection of Mediumistic Art (CoMA) d’Elmar R. Gruber, Allemagne