Catégorie : Art Brut

  • Ody Saban

    Ody Saban

    Artiste plasticienne née en 1953 à Istanbul, installée à Paris depuis la fin des années 1970.

    Parcours

    Ody Saban naît dans une famille juive d’Istanbul et grandit entre le judéo-espagnol (ladino) et le turc. En 1969, elle part pour Israël, où elle étudie dans une école d’art de Haïfa, puis séjourne longuement aux États-Unis avant de s’établir à Paris. Elle y suit de manière intermittente les cours de l’École nationale supérieure des beaux-arts, tout en vivant surtout en marge des circuits officiels.

    En 1983, elle cofonde le collectif d’artistes Art Cloche, dont elle est la seule femme ; après l’expulsion du squat où il est installé, elle fonde Art Cloche 2, groupe exclusivement féminin.

    L’œuvre

    Dessins, peintures, lithographies, performances, poèmes calligraphiés ou sérigraphiés et livres d’artiste composent son œuvre. Elle y fait revenir un signe de son invention, le kus, lettre imaginaire inspirée de la vulve, et y croise féminisme, mythologie, kabbale, érotisme et références à la Déesse Mère du site néolithique de Çatal Höyük. La revue Raw Vision rattache sa démarche aux explorations surréalistes et lacaniennes de l’inconscient.

    « La dernière série de peintures d’Ody Saban représente de grands bateaux volants qui la relient à l’utopie révolutionnaire célèbrent à sa façon érotique et amoureuse, le thème de l’émigration. Ody Saban dessine à l’encre de Chine sur du papier de soie, papiers de l’extrême orient, pratique l’aquarelle et la peinture (huile et acrylique). Ces sortes de broderies aux couleurs chaudes rappellent les miniatures, mais aussi l’univers cosmopolite, ce dont elle reste imprégnée. Ses dessins évoquent l’érotisme amoureux et chaque feuille est remplie d’enchevêtrements de corps, de visages, de fleurs, exprimant ainsi la plénitude féminine. Si elle s’identifie à Lilith, la femme maudite, c’est pour mieux combattre la misogynie, mais aussi pour révéler la magie qui se dégage de son univers chargé d’onirisme fantastique. »

    Expositions et collections

    • Tendres assemblées de femmes et autres merveilles, Galerie Les Yeux Fertiles, septembre 2022, avec une rencontre animée par Thomas Mordant le 22 septembre 2022.
  • Luboš Plný

    Luboš Plný

    Dessinateur et plasticien tchèque, né le 4 novembre 1961 à Česká Lípa. Il vit et travaille à Prague.

    Parcours

    Fils unique de deux employés des chemins de fer tchécoslovaques, Luboš Plný dessine dès l’enfance et se passionne pour l’anatomie, au point de disséquer des animaux morts. Il suit un apprentissage d’électricien. Après son service militaire, en 1983, il souffre de dépression, de troubles du sommeil et d’hallucinations ; on lui diagnostique une schizophrénie simple et il est hospitalisé.

    Installé à Prague en 1989, il échoue à deux reprises au concours d’entrée de l’Académie des beaux-arts. La même année, il commence à y poser comme modèle, une activité qu’il conduit pendant six ans comme un projet artistique. En 2000, le recteur Jiří T. Kotalík lui remet le titre, inventé par lui, de « modèle académique » ; depuis, il signe ses œuvres d’un tampon portant cette mention. « J’ai compris que je préférais être le meilleur modèle plutôt qu’un artiste médiocre », a-t-il dit. Il a aussi exercé les métiers de peintre de soldats de plomb, de bouquiniste ou de gardien de galerie, et suivi en 2004 une formation de fossoyeur.

    L’œuvre

    Plný explore le corps humain, et d’abord le sien, par des coupes horizontales, verticales ou latérales proches de la tomographie, à l’encre de couleur, à l’acrylique et au collage. Ses sources vont des traités d’anatomie du XIXe siècle aux radiographies et aux cires de La Specola, à Florence. Il y incorpore des matières organiques : sang, cheveux, cendres de ses parents. Chaque dessin indique son âge en jours au début et à la fin du travail ; un journal consigne ses activités, sa santé, la météo et les phénomènes astronomiques.

    La galerie présente notamment un Sans titre de 2008 (encre de Chine et acrylique sur papier, 83 x 60 cm).

    Expositions et collections

    • « Body Electric », Cavin-Morris Gallery, New York, 2007
    • « Anatomia Metamorphosis » (avec Anna Zemánková), Montreuil, Istanbul, Prague, Berlin et Hiroshima, 2009-2012
    • « Viva Arte Viva », 57e Biennale de Venise, 2017 ; « Viva Luboš Plný! », DOX, Prague, 2017-2018
    • Collection abcd / Bruno Decharme ; Musée national d’art moderne, Centre Pompidou ; musée régional de Česká Lípa
  • Marilena Pelosi

    Marilena Pelosi

    Dessinatrice d’origine brésilienne, née en 1957 à Rio de Janeiro, installée en France.

    Parcours

    Fille unique de parents catholiques convertis à un culte vaudou, Marilena Pelosi est attirée adolescente par le surréalisme et rêve d’étudier les beaux-arts. Elle n’en fera rien, et s’en félicite : cette absence de formation lui a permis de construire une iconographie personnelle. Elle commence à dessiner à seize ans, pour occuper sa convalescence après une grave maladie.

    À vingt ans, pour échapper à un mariage forcé avec un prêtre vaudou, elle quitte le Brésil et voyage en Europe et en Inde, avant de se fixer en France, où elle vit depuis plusieurs décennies. Elle est représentée par la galerie christian berst art brut, à Paris.

    L’œuvre

    Pelosi dessine au stylo à bille, au feutre, à la mine de plomb, aux crayons de couleur ou à l’aquarelle, sur papier ou sur calque. Elle ne prévoit jamais une composition et compare sa façon de travailler à celle des spirites : ce sont ses mains qui guident le dessin.

    Ses feuilles mettent surtout en scène des femmes aux allures de poupées, tour à tour bourreaux et victimes, parmi les larmes, l’eau et le sang. Laurent Danchin y voit une œuvre autobiographique, synthèse symbolique où les souvenirs de transes vaudoues, de carnavals diaboliques et de processions eucharistiques se mêlent aux réminiscences intimes. Reviennent aussi des corps cataleptiques ou mutilés, des tapis roulants sans fin, des armées d’abeilles à tête humaine.

    Expositions et collections

    • « Corps accords », Art & Marges Museum, Bruxelles, 2010
    • « Flying High », Kunstforum, Vienne, 2019 ; « Blood Test », musée Dr Guislain, Gand, 2019
    • « Dangerous Love », MuMo, Prague, 2023-2024
    • Centre national des arts plastiques ; Musée national d’art moderne, Centre Pompidou (2021) ; LaM, Villeneuve-d’Ascq (2025) ; Art & Marges Museum et Trinkhall, Belgique ; INYE, Russie
  • Michel Nedjar

    Michel Nedjar

    Artiste français, créateur de poupées, de dessins et de sculptures, né en 1947 à Soisy-sous-Montmorency (Val-d’Oise). Il vit et travaille à Paris.

    Parcours

    Troisième de sept enfants, Michel Nedjar grandit dans une famille juive aux racines ashkénazes et séfarades : son père, tailleur venu d’Alger, s’installe à Paris en 1921, et sa mère, d’origine polonaise, y arrive vers 1923, fuyant les pogroms. Une grande partie de la famille a péri dans les camps nazis, ce dont il prend douloureusement conscience à l’adolescence.

    Le tissu le passionne très tôt : enfant, il habille en secret les poupées de ses sœurs et aide sa grand-mère à vendre des chiffons aux puces. À quatorze ans, il entre en apprentissage dans un atelier de confection. Il voyage ensuite en Inde, en Asie et au Mexique, où il découvre les poupées magiques, les effigies et les momies vêtues de leurs costumes.

    Jean Dubuffet remarque ses poupées et les fait entrer dans sa collection. Nedjar se met alors lui-même à rechercher d’autres créateurs et cofonde l’association L’Aracine avec Madeleine Lommel et Claire Teller. La donation de cette collection en 1999 a permis l’ouverture, au LaM de Villeneuve-d’Ascq, du premier musée d’art brut en France. Grâce à la donation Daniel Cordier, il est aussi le premier auteur d’art brut entré dans les collections du Musée national d’art moderne.

    L’œuvre

    À son retour de voyage, il crée ses premières poupées, les « chairs d’âme » : chiffons, cordes, sacs plastiques, plumes, bois, paille ou coquillages, plongés dans des bains de teinture, de terre et de sang. À partir de 1980, son travail s’étend au dessin à la cire et à la peinture, sur des supports de récupération (chiffons teints, papier journal, papier kraft, carton), ainsi qu’à des statuettes et des bas-reliefs en plâtre ou en papier mâché. Les corps brûlés et mutilés dominent cette œuvre.

    Expositions et collections

    • « Inner Worlds Outside », Whitechapel Gallery, Londres, et Irish Museum of Modern Art, Dublin, 2006
    • Exposition de ses poupées de Pourim, musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Paris, 2009
    • « Introspective », LaM, Villeneuve-d’Ascq, 2017
    • « The Beauty of Diversity », Albertina Modern, Vienne, 2024
    • LaM, Villeneuve-d’Ascq ; Musée national d’art moderne, Centre Pompidou ; Collection de l’Art Brut, Lausanne ; musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Paris ; Albertina, Vienne
  • Edmund Monsiel

    Edmund Monsiel

    Dessinateur polonais d’art brut, né le 12 novembre 1897 à Wożuczyn, mort le 8 avril 1962 à Tomaszów Lubelski.

    Parcours

    Sixième enfant d’un charpentier, Edmund Monsiel est élevé par un oncle organiste. Il entre au séminaire de Chełm, qu’il quitte sans diplôme, puis aide sa mère à tenir une boutique avant d’ouvrir la sienne, à Łaszczów. Les Allemands la ferment en 1942.

    Le 25 décembre 1942, il échappe de peu à une exécution de représailles au cours de laquelle son beau-frère et des dizaines d’habitants sont tués sous ses yeux. Au printemps 1943, il se réfugie dans le grenier de la maison de son frère, à Wożuczyn, et se coupe peu à peu du monde. Dans les années 1950, il vit dans une maison abandonnée, puis loue des chambres jusqu’à sa mort. Ses voisins se souvenaient d’un homme pieux, cultivé et élégant, l’un des premiers photographes amateurs de la région.

    L’œuvre

    Ses premiers dessins datés remontent à la Semaine sainte de 1943. Après sa mort, sa famille découvre plus de cinq cents dessins, dont certains enfermés dans un coffre fermé de trois cadenas. Monsiel travaille surtout à la mine de plomb dure, parfois avec du collage, sur des feuilles de récupération, des couvertures de livres, des formulaires ou des enveloppes.

    Ses compositions mêlent iconographie populaire et religieuse. Elles répètent de façon obsessionnelle des visages, notamment celui d’un homme moustachu couvert d’yeux, parfois par milliers sur une même feuille. Chaque dessin est signé « EM » et porte une maxime morale.

    La galerie a présenté un Sans titre de 1947 (technique mixte, 15 x 10 cm) dans l’exposition « Coups de cœur : art brut, art naïf, art singulier » (15 mars – 18 avril 2024) ; Monsiel figurait déjà dans son exposition « Art brut » de 2022.

    Expositions et collections

    • « Inner Worlds Outside », Whitechapel Gallery, Londres, et Irish Museum of Modern Art, Dublin, 2006
    • Galeria Gardzienice, Lublin, 15 octobre – 15 novembre 2010
    • « Art brut. Dans l’intimité d’une collection », Grand Palais, Paris, 2025
    • Musée national d’art moderne, Centre Pompidou (donation Bruno Decharme, 2021) ; Collection de l’Art Brut, Lausanne
  • Raphaël Lonné

    Raphaël Lonné

    Dessinateur médiumnique français, né en 1910 à Montfort-en-Chalosse (Landes), mort en 1989 à Bordeaux.

    Parcours

    Fils de métayers landais, Raphaël Lonné quitte tôt l’école et devient facteur dans son village natal. Installé à Bordeaux à partir de 1937, il est successivement receveur de tramway, concierge-chauffeur et homme de peine à l’hôpital des enfants. Après la guerre, il reprend un poste de facteur dans une petite ville de sa région d’origine.

    En 1950, au cours d’une séance de spiritisme improvisée chez des amis, il réalise son premier dessin. Aucune autre séance ne suivra, mais Lonné continue seul, la nuit, persuadé que sa main est guidée par des esprits. En 1963, Jean Dubuffet découvre son œuvre par l’intermédiaire du docteur Gaston Ferdière, psychiatre proche des surréalistes. Longtemps, Lonné refuse de vendre ses dessins.

    L’œuvre

    Ses premiers dessins associent l’écriture à des figures humaines ou animales ; avec le temps, ils deviennent de plus en plus abstraits. Lonné décrit un travail qui commence de façon presque mécanique, par des arabesques qu’il enrichit sans idée préconçue. Silhouettes, visages, animaux et paysages naissent ainsi d’un trait discipliné et minutieux, au graphite, à l’encre de Chine, au stylo à bille, à l’aquarelle ou au feutre, le plus souvent sur de petits formats.

    La galerie a présenté un Sans titre de 1964 (lavis d’encre sur papier, 20,5 x 30 cm) dans son exposition « Art brut » (10 juin – 23 juillet 2022).

    Expositions et collections

    • « Art spirite, médiumnique, visionnaire », Halle Saint-Pierre, Paris, 1999-2000
    • « Inner Worlds Outside », Whitechapel Gallery, Londres, et Irish Museum of Modern Art, Dublin, 2006
    • « Art brut. Dans l’intimité d’une collection », Grand Palais, Paris, 2025
    • Collection de l’Art Brut, Lausanne ; LaM, Villeneuve-d’Ascq ; Musée national d’art moderne, Centre Pompidou (donation Bruno Decharme, 2021) ; American Folk Art Museum, New York
  • Raphaël Léonardini

    Né le 3 juin 1970 à Paris, France, ce jeune homme est le petit-fils du céramiste Marc Roussel. Son parcours éducatif comprend une fin de scolarité à l’école expérimentale de Bonneuil-sur-Marne en 1988, un centre de recherches psychanalytiques fondé par la psychanalyste Maud Mannoni. Après cela, il exerce divers petits métiers tels que sorbetier, horticulteur et cuisinier entre 1994 et 1995, avant de se tourner vers la poterie en 1995. En 1997, il commence à dessiner et vit actuellement en Haute-Provence.

    Son travail artistique est varié, comprenant de grandes planches explosives réalisées avec des stylos à bille, des feutres et des crayons de couleur, notamment « Spectre des roses » en 2005. Ses sujets puisent dans la science-fiction, la mythologie, l’imagerie médiévale et la bande dessinée. En plus de ces œuvres dynamiques, il crée également des planches plus statiques et rangées, exposées au Musée d’Edgar Poe en 2008.

  • Slavko Kopač

    Slavko Kopač

    Peintre, sculpteur et poète franco-croate, né le 21 août 1913 à Vinkovci (Croatie, alors Autriche-Hongrie), mort le 23 novembre 1995 à Paris.

    Parcours

    Il entre en 1933 à l’Académie royale des beaux-arts de Zagreb, dans la classe de Vladimir Becić, et en sort diplômé en 1937. Boursier du gouvernement français, il arrive à Paris à la fin de 1939 ; la guerre écourte son séjour et il rentre en septembre 1940. Il enseigne le dessin à Mostar, puis à Zagreb en 1941-1942. En février 1943, il part pour l’Italie et s’installe à Florence, où il suit la classe de peinture de Felice Carena, étudie la philosophie et expose à plusieurs reprises, notamment en 1945 à la Galleria Michelangelo.

    Fixé à Paris à la fin de 1948, il rencontre presque aussitôt Jean Dubuffet, avec qui il collabore durablement. Il rejoint la Compagnie de l’art brut et devient le premier conservateur de la collection réunie par Dubuffet, dont il organise en 1975-1976 le transfert à Lausanne. André Breton l’associe au cercle surréaliste sans qu’il en devienne membre : Kopač illustre en 1949 son poème Au regard des divinités et réalise avec lui un poème-objet en 1954. En 1952, Michel Tapié le cite dans Un art autre parmi les représentants de l’informel.

    L’œuvre

    Peintre, dessinateur et sculpteur, Kopač travaille l’huile, l’aquarelle, le pastel et l’encre, mais aussi le collage, l’assemblage, la céramique et le livre d’artiste, en mêlant volontiers des matériaux hétérogènes. En 1951, il publie Le Soleil se couche au pays des éléphants, imprimé sur six fines plaques de bois. Son œuvre explore l’archétype féminin, force génératrice et protectrice (la série des Maternités), et des formes hybrides venues d’une imagerie archaïque, nourrie de son intérêt pour l’art rupestre et mural.

    Expositions et collections

    • 1949 : première exposition personnelle à Paris, galerie Messages ; 1953 : galerie À l’Étoile scellée, Paris
    • 1957 : galerie Alphonse Chave, Vence (78 œuvres) ; 1985 : hommage à Jean Dubuffet, galerie Alphonse Chave
    • 1977 : rétrospective à la Galerie moderne de Zagreb ; 1981 : rétrospective au Paris Art Center ; 1996 : rétrospective à l’Hôtel de Ville de Paris (environ 200 œuvres)
    • 2025 : « Slavko Kopač. Le trésor caché. Art informel, surréalisme, art brut », Accademia delle Arti del Disegno, Florence (13 septembre-13 novembre)
    • À la galerie : présenté dans « Coups de cœur : art brut, art naïf, art singulier » (15 mars-13 avril 2024)
  • Rosemarie Koczy

    Rosemarie Koczy

    Dessinatrice, peintre et lissière d’origine allemande, naturalisée américaine, née le 5 mars 1939 à Recklinghausen (Allemagne), morte le 12 décembre 2007 à Croton-on-Hudson (New York).

    Parcours

    Selon le récit qu’elle a elle-même donné de sa vie, Rosemarie Koczÿ, d’ascendance juive, aurait été déportée en 1942, à trois ans, avec sa famille, et aurait survécu aux camps de Traunstein et d’Ottenhausen ; libérée en 1945, elle aurait été élevée par ses grands-parents, puis placée dans un orphelinat. En novembre 2017, à l’occasion d’une exposition de ses œuvres à Recklinghausen, des historiens et archivistes locaux ont conclu, à partir des archives de la ville, que ce récit était inventé : ni elle ni ses parents n’auraient été juifs ni persécutés, et elle n’aurait jamais été internée. Son mari a contesté ces conclusions.

    En 1959, elle quitte l’Allemagne pour Genève. Admise en 1961 à l’École des arts décoratifs, elle en sort diplômée avec mention en 1965. Elle se consacre d’abord à la tapisserie, mène des recherches ethnologiques sur les techniques textiles d’Afrique et d’Océanie et réalise plus de soixante-dix œuvres textiles en quinze ans, exposées dans deux musées genevois en 1970 et 1979. En 1984, elle épouse le compositeur Louis Pelosi, rencontré à la MacDowell Colony, et s’installe aux États-Unis ; elle devient citoyenne américaine en 1989.

    L’œuvre

    À partir des années 1970, son œuvre se consacre à la mémoire de la Shoah. Elle entreprend alors une suite de dessins à l’encre de Chine intitulée Je vous tisse un linceul, dédiée aux victimes : s’inspirant du rite funéraire juif de la toilette du corps et de l’ensevelissement dans un linceul, elle cerne de lignes ténues des silhouettes de corps nus. Elle laisse plus de 12 000 dessins à la plume et à l’encre, ainsi que des peintures et des sculptures. Ses souvenirs ont paru en trois volumes, I Weave You a Shroud (2009-2013).

    Expositions et collections

    • 1985 : elle inaugure l’annexe Neuve Invention de la Collection de l’Art Brut, Lausanne
    • 1986 : première femme lauréate du Francis J. Greenburger Award, remis au Guggenheim par Thomas Messer
    • 2007 : Yad Vashem accueille sa plus grande sculpture, Deportation of the Children
    • Collection de l’Art Brut, Lausanne (Je vous tisse un linceul, 1988)
  • Émile Josome Hodinos

    Dessinateur français de l’art brut, né Joseph Ernest Ménétrier en 1853 à Paris, mort en 1905 à l’asile de Ville-Évrard (Neuilly-sur-Marne).

    Parcours

    Fils de boulangers parisiens, il perd son père à huit ans et est placé en pension. En 1869, à seize ans, il entre en apprentissage chez Tasset, graveur en médailles réputé. Après son service militaire, il suit pendant quatre ans des cours de dessin et de modelage dans une école d’art.

    À vingt-trois ans, il est interné pour « excitation maniaque » à l’asile de Ville-Évrard, en banlieue parisienne, où il reste jusqu’à sa mort. C’est là qu’il prend le nom d’Émile Josome Hodinos. Il commence à dessiner une dizaine d’années après son admission. La plupart de ses dessins ont aujourd’hui disparu.

    L’œuvre

    Hodinos dessine d’innombrables projets de médailles, à la mine de plomb et à l’encre de Chine, souvent au recto et au verso de feuilles de papier destiné à la fabrication des biscuits. Faute d’outils, il se sert de bandelettes de papier comme compas pour calculer les proportions de ses figures, qu’il cerne ensuite d’un trait pour obtenir « l’effet d’une médaille ». Ses figurines, surtout féminines, à l’anatomie exagérée, s’accompagnent de commentaires manuscrits signés de son pseudonyme. Avec leurs images, leurs exergues, leurs devises et leurs ornements, ces copies rêvées de médailles forment, selon la collection abcd, « une véritable encyclopédie, un inventaire des vices et des vertus », attentif à l’anatomie, aux postures, aux vêtements et aux objets domestiques.

    Expositions et collections

    • Collection de l’Art Brut, Lausanne (notamment Melpomene et Pieds, jambes, cuisses mouler, 1876-1896) ; présenté dans les biennales « Corps » (2017-2018) et « Théâtre » (2019-2020) et dans « Art Brut: Frame Work » (2020-2021)
    • Collection abcd (Bruno Decharme)
    • À la galerie : présenté dans l’exposition « Art brut » (10 juin-23 juillet 2022)