Virginia Tentindo

Virginia Tentindo

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Sculptrice argentine installée en France, née en 1931 à Buenos Aires.

J’ai fait la connaissance de Virginia Tentindo en 1997, en rejoignant le comité de rédaction de la revue Supérieur Inconnu, dont elle était membre. Je me souviens, lors de ma première visite dans son atelier, en compagnie de Sarane Alexandrian, avoir été saisi par la beauté convulsive de cet art, en prise directe sur Merveilleux. Virginia nous a toujours accueillis avec une générosité rare et une hospitalité toute argentine, telle une « prêtresse de la Terre-de-Feu » au sein de son sanctuaire onirique, constitué de terres cuites, de bronzes, de marbres, de sa faune et de sa flore, le tout, sorti d’un imaginaire des plus fertiles. Cet atelier, l’écrivain surréaliste José Pierre l’évoqua en 1986, comme « la fabrique des dieux ». Les sculptures de Virginia Tentindo, à la fois sensuelles et terribles, associent des têtes de félidés avec des corps d’hommes et de femmes, aux jambes qui se fondent en une seule, longue et flexible comme un serpent. Ces humanimaux, tels que les appelle Sarane Alexandrian, ont l’air de plantes carnivores. Il ne s’agit pas d’hybrides tels qu’en fabriquent des artistes enclins à des effets insolites faciles, car l’originalité de Virginia est justement de ne pas faire d’assemblages arbitraires. Julio Cortázar a ainsi pu écrire (in Voyage vers un temps pluriel) que chez Virginia Tentindo, « tout est ou peut être mandragore, Gorgone, hermaphrodite, rite phallique, hiérogamie et pourquoi pas épiphanie ». Car rien n’est donné sur un seul plan et la multiplicité des essences est, pour plusieurs de ses sculptures, comme une invite à s’approcher et à toucher ; alors on découvre que ces pièces ne commençaient ni ne finissaient à leur contour visuel mais que le toucher est là pour ouvrir une seconde porte basse. L’art de Tentindo n’est jamais apparence mais toujours intériorité. On dirait, écrit encore Cortázar, « que la nature s’interroge alors sur sa persistante monotonie et cherche à travers l’art quelque chose de plus que l’imitation que lui impartit Oscar Wilde, une rénovation capable de nous arracher à la routine génétique. Là, tout est substitution, parachèvement et ouverture vers de nouvelles constellations de formes. »

Parcours

Virginia Tentindo expose ses premières sculptures à seize ans et ouvre à dix-huit ans sa propre galerie à Buenos Aires. Elle participe aux activités du groupe surréaliste de Buenos Aires et fréquente les surréalistes argentins Juan Andralis, Julio Silva et Víctor Chab, disciples du peintre Juan Batlle Planas.

Installée à Paris en 1953, elle rejoint le groupe surréaliste parisien et travaille comme maquettiste, graphiste et illustratrice de livres. Pour le cinéma, elle recrée en figurines le Sacre de Napoléon pour l’Austerlitz d’Abel Gance et réalise la poupée que brûle l’héroïne de La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan.

Elle revient pleinement à la sculpture dans les années 1970 et travaille dès lors entre ses ateliers du Bateau-Lavoir, à Montmartre, et de Pietrasanta, en Toscane. En 2011, un colloque, « Chimères surréalistes », lui est consacré à Florence, et Fabrice Maze lui dédie le film Minimes innocences.

L’œuvre

Bronze, terre cuite, céramique, marbre : ses sculptures, parfois de grand format, mobiles ou transformables, mettent en scène mythes, dieux, démons et chimères, sous le signe de l’érotisme et du rêve. Elle crée aussi des bijoux, réalisés entre 1978 et 1995 par la fonte à la cire perdue et reprenant en miniature ses grandes pièces, ainsi que des livres-objets. Sa Mandragore (1983) a servi de trophée au 36e Festival de Cannes.

El fuego ! C’est cela Virginia Tentindo, le tango du Feu de la vie et de la passion ; le Feu du désir et de la poésie ; le Feu de la métamorphose et celui de l’alchimiste qui, de son Athanor, ressort de l’or émotionnel en terre-cuite : un Chat d’octobre ou une Lionne des jours Terre-Lune.

Expositions et collections

  • Expositions notamment à Bochum (1993), à l’ouverture du musée de l’Érotisme de Paris (1997), à Venise (2006) et à Tokyo (2016).
  • Nouveau Musée National de Monaco : Ci-gît le verbe (2020, sculpture) et Pour que l’histoire recommence (1980, dessin), acquis en 2022 après l’exposition Monaco-Alexandrie, le grand détour ; bijoux présentés au salon Joya, Monte-Carlo, 13 au 16 novembre 2025.
  • Exposition des 25 ans de la Galerie Les Yeux Fertiles, 22 mai au 19 juin 2026.

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