Du 26 janvier au 25 février 2023
Galerie Les Yeux Fertiles, 27 rue de Seine, Paris 6e
Une vingtaine d’œuvres exceptionnelles et inédites de Bernard Saby : la 7e exposition de son formidable travail à la galerie en 15 ans.
Il est toujours intriguant quand on parle de peinture abstraite d’imaginer le mot « intimité » . Après 1945 pour des raisons évidentes aussi bien dans le domaine de la Musique que celui de l’Ecriture ou de la Peinture, beaucoup ont essayé d’imaginer de nouvelles écritures de rupture. Bernard Saby incarne ce défi. D’abord mathématicien, puis membre du mouvement dodécaphoniste avec René Leibowitz et Pierre Boulez , il se décide finalement pour la peinture et cherche ce que serait une nouvelle écriture du sensible. Dans un entretien fait par Michel Butor le Maître du Nouveau Roman, il décrit très précisément la tension née de la possibilité de profondeur.
Bernard Saby
Voilà, un jour dans mes tableaux s’est mise à apparaître une profondeur et je me suis enfoncé, je me suis lancé à corps perdu dans son exploration
Michel Butor
Comment cette profondeur se produisait-elle ?
Bernard Saby
J’essayais d’organiser mes œuvres par des symétries puis par des homologies. C’est-à-dire que je faisais jouer une forme avec une autre semblable mais plus grande ou plus petite. À partir du moment où l’œil identifiait une série de formes semblables croissantes ou décroissantes automatiquement, celles-ci se disposaient dans l’espace.
Michel Butor
À l’origine il y a par conséquent une notion de variation qui peut très bien faire comprendre comment tu es passé de la musique à la peinture et quelle parenté essentielle relie ton œuvre à celle des compositeurs les plus inventifs de ton temps.
Bernard Saby
Tout vient d’un élément, d’une figure fondamentale, d’un thème que l’on peut définir comme deux lignes verticales de même longueur reliées par une ligne oblique, une sorte de manivelle. Si on lui ajoute son symétrique par rapport à une ligne horizontale, on obtient comme un vilebrequin ; si on lui ajoute à quelque distance son symétrique par rapport à un axe vertical, on obtient d’un côté une sorte de bouteille, de l’autre une sorte de verre, et si l’on fait varier les dimensions de ces éléments les uns par rapport aux autres on engendre des figures en nombre infini.
D’un point de vue technique ce qui m’intéressait surtout c’est qu’il y avait là un moyen très puissant de lier les unes aux autres, les différentes parties du tableau. Cela forme des figures qui s’encastrent. La droite et la gauche sont ainsi enchaînées l’une à l’autre comme par une série de queues-d’aronde.
Cette oblique, l’œil a toujours tendance à la redresser, la figure surtout lorsqu’elle se trouve groupée avec d’autres semblables, a tendance à se déployer dans l’espace. L’oblique tendra vers une horizontale, et l’une des deux verticales se mettra en avant ou en arrière de l’autre.
Je faisais des parois, grottes cristallines et vitrifiées, qui ouvraient quelques fois sur un ciel. En m’enfonçant, je me suis tout naturellement installé dans cette ouverture et j’ai donc peint des paysages.
Rencontres
- Vendredi 3 février 2023, de 18 h à 20 h : communication et rencontre avec Stéphane Gatti autour d’œuvres inédites de Bernard Saby. D’où vient-il ?
- Vendredi 17 février 2023, de 18 h à 20 h : nouvelle rencontre avec Stéphane Gatti, autour des écrits d’André Berne-Joffroy et de Paul Valéry.
« Suppose toi dans un univers peint de couleurs pures. Ces couleurs se succèdent en mesure sur les corps, le ciel etc. Avec des entrées brusques de soleils incandescents, des nuits noires survenant comme des éclairs etc. chavirements de formes qui se comporteraient comme des fleuves. Et les changements dont je parle affectés de vitesse musicale. » Paul Valéry, Chemin d’André Berne-Joffroy pour arriver à Bernard Saby.
Artiste : Bernard Saby


