Prélude surréaliste
Du 6 juin au 6 juillet 2024
C'est le Centenaire du manifeste du surréalisme de 1924 !

En avant première de nos trois expositions successives, à partir du 5 septembre, et dans le cadre du « Paris Surréaliste » organisé par le Centre Pompidou, le Comité des Galeries d’art et le Comité Breton,retrouvons nous pour un

Prélude Surréaliste !

Une trentaine d'artistes de la mouvance surréaliste
dont certaines oeuvres proviennent des collections André Breton, José Pierre, Arturo Schwarz.
( liste sur demande )

Hans Bellmer104
Gabriel Der Kervorkian92
ROBERTO GARCIA-YORK117
Henri Goetz109
Yoshiko Hirasawa57
Endre Rozsda78
Ugo Sterpini86
Max Walter Svanberg76
Claude Tarnaud118
Hans Bellmer
Allemagne
Surréalisme
Gabriel Der Kervorkian
France
1932
ROBERTO GARCIA-YORK
Cuba
1929-2005
A La Havane, il suit une scolarité chrétienne stricte et apprend plusieurs langues avec succès. A l’âge de quatorze ans, complètement autodidacte, il réalise des dessins de mode et expose ses premières peintures à l’huile.

En 1964, il quitte définitivement Cuba pour Paris, et devient citoyen français en 1969. Garcia York rencontre Jorge Camacho qui l’aide à se faire connaître. Son plus grand mécène restera le prince François de la Tour d’Auvergne, descendant de la haute noblesse française. Il ne cesse alors d’exposer dans le monde entier, réalise des costumes, fait de la décoration d’intérieur, et des travaux d’architecture à Paris et New York. García York a été directeur artistique de la Galerie l’Oeuf du Beaubourg à Paris et costumier du Carnaval de Venise en Italie et du Festival international du film de Cannes. Il figure en tant que présence dans le film mythique du cinéma cubain Soy Cuba, sorti en 1964.

Son style foisonne de références mythologiques et théâtrales, à l’ambiance sud-américaine bien présente.

Il décède le 26 janvier 2005, à l’âge de 80 ans. Son œuvre est représentée dans la collection permanente du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.
Henri Goetz
États-Unis
Surréalisme
29 septembre 1909 à New York et mort le 12 août 1989 à Nice, est un peintre et graveur français d'origine américaine.


La famille d'Henri Goetz est d’origine française. Vers 1850, son grand-père, Bernard Goetz, Alsacien de la région de Colmar, quitte la France pour les États-Unis. Bricoleur, il invente durant son long voyage une sorte de réflecteur afin de mieux éclairer sa lecture, son passe-temps principal, dans une cabine peu éclairée. Cette invention simple suscite l’admiration de ses compagnons de voyage et il reçoit rapidement la proposition d’un voyageur de première classe d’exploiter cette trouvaille dès leur arrivée à Philadelphie.

En 1855, Bernard Goetz ouvre une société de réflecteurs, The American Reflector Company, qui deviendra plus tard The B. Goetz Manufacturing Company. Il épouse une Américaine avec laquelle il a cinq enfants. À l’âge de onze ans, le père d'Henri, enfant cadet, est renvoyé de son école, incapable d’apprendre l’orthographe et donc inapte à poursuivre des études plus avancées. Apprenti mécanicien dans la nouvelle industrie de la bicyclette, il participe à des courses cyclistes. Un début de tuberculose l’empêche de poursuivre sa carrière de cycliste, mais il commence à écrire des nouvelles durant les années passées dans l’Ouest américain. De retour dans l’Est, il se marie avec celle qui sera la mère d'Henri Goetz.


Henri Goetz voit le jour en 1909 à New York, où son père dirige une entreprise de matériel électrique. Fils unique, il reçoit une éducation stricte de sa mère, pour qui les principes éducatifs remplacent l’affection. En 1916, sa famille quitte New York pour s’installer en banlieue, à Far Rockaway, dans le Queens. Goetz y termine l’école primaire et secondaire, et ensuite le lycée.

Son rêve de quitter le foyer familial se réalise en 1927 ans lorsqu’il part étudier à Boston, au Massachusetts Institute of Technology, en vue de préparer une carrière d’ingénieur électricien. C’est à cette époque qu’il commence à s’intéresser à l’art, et il suit des cours de dessin. Il s’inscrit en 1929 à l’université Harvard, où il suit des cours d’histoire de l’art. Il quitte l’université la même année pour suivre des cours de peinture au Grand Central School of Art (en) de New York.

Un jour, une étudiante en peinture lui raconte son expérience personnelle de Paris et de ses ateliers. Cela est suffisant pour déclencher en Goetz l’envie de partir pour la France.
Les années d'apprentissage

Arrivé à Paris en 1930, il travaille dans les académies de Montparnasse (Académie Julian et Académie de la Grande Chaumière) et quelque temps dans l'atelier du peintre Amédée Ozenfant. Goetz est intéressé par le portrait et l’étude du nu. Son but était d’exprimer le caractère de ses modèles par une ressemblance extérieure et intérieure au moyen d’une facture expressionniste et très colorée. Il mélange ardemment le procédé cubiste et le coloris expressionniste.

« Au début je me suis consacré uniquement au portrait, car la figure humaine me paraissait contenir une chaleur que je n’avais pas trouvée dans mes études où je me préparais à une carrière d’ingénieur électricien. Durant ces six années, la peinture apprise dans les académies me servait à créer des ressemblances et à approfondir l’intimité du regard des autres1. »

Goetz se retrouve plongé dans le milieu artistique de Montparnasse. Jusqu'alors, sa connaissance de la peinture n'allait pas au-delà de l'impressionnisme. Son ami le peintre Victor Bauer lui ouvre l’esprit à la peinture vivante. « Je lui dois le déclenchement du deuxième stade de mon évolution », dit Goetz2.

Il découvre les œuvres de Pablo Picasso, Georges Braque, Henri Matisse, Georges Rouault, Paul Klee et Vassily Kandinsky. Grâce à Bauer, Goetz se familiarise aussi avec le freudisme, la politique de gauche, la sculpture primitive, la poésie et la musique d’avant-garde. Il poursuit alors l’étude du portrait et commence à peindre en 1933 ses premiers paysages de construction simpliste et laborieuse, dans une matière violente, sombre et très empâtée, où se retrouve à la fois l’influence conjuguée du fauvisme et du cubisme. Son autoportrait de 1935 est construit avec des formes fortement marquées par le cubisme, mais dans un coloris vif et pur, emprunté au fauvisme3. De 1932 à 1934, Goetz habite au 16, rue Bardinet à Paris.

En 1935, Goetz considère que la période de l’apprentissage est finie et se sent prêt à se lancer dans l’aventure de l’invention de sa propre peinture. La même année, il emménage au 19, rue Daguerre à Paris. En septembre, à l'Académie de la Grande Chaumière, il fait connaissance de Christine Boumeester, qu'il épousera la même année. Le couple se lie avec le peintre Hans Hartung, qui était leur voisin de palier rue Daguerre : tous trois exposent la même année au Salon des surindépendants.
La période surréaliste

Dès janvier 1936, Goetz commence à peindre des tableaux non figuratifs4. Une « peinture non figurative de pure invention » pour exprimer son univers intérieur, mais sans se servir des objets du monde réel. « Si je choisis le monde non figuratif, c’est que je crois qu’il est plus vaste que l’autre. Je crois qu’il y a plus à découvrir dans l’inconnu que dans le connu. Si la limite du connu est l’inconnu, l’inverse ne me semble pas vrai5. » Ce changement restera la seule fraction dans son œuvre, qui se développera plus lentement. La décision de rompre avec le monde visible marque également la fin de sa période d’apprentissage et plonge Goetz au cœur des courants actuels en engageant sa peinture dans la modernité. Voulant peindre abstrait, Goetz se lance dans l’exploration de ses visions intérieures. Cependant, tout en revendiquant l’indépendance de sa peinture du monde réel, son discours pictural ne correspond pas à la pratique de l’art abstrait développée dans les années 1930-1940. Le sujet de ses tableaux dépend en grande partie de son imagination et pas seulement de l’agencement de composants formels. Ce changement d’orientation le rapproche du monde surréaliste. Son œuvre se développe dans cette dialectique de courants opposés et c’est là que réside son originalité.

Un événement important de cette période est l’amitié avec le poète Juan Bréa et sa femme, Mary Low, qui font partie du groupe surréaliste d’André Breton. C’est la découverte du surréalisme pour Goetz. En 1936, Goetz ignore à peu près tout de ce mouvement. Son ami, le peintre allemand Oelze Richard, lui parle pour la première fois de Salvador Dalí. À partir de ce moment, Goetz fréquente les surréalistes Raoul Ubac, Benjamin Péret et Óscar Domínguez. André Breton s'y intéresse d'ailleurs — il rencontre Goetz en 1938 —, sans toutefois proposer à l'artiste de participer aux manifestations du mouvement.

L’esprit surréaliste qui imprègne désormais sa peinture va engendrer des pièces comme les Chefs-d’œuvre corrigés en 1938-1939, que Goetz appelle une « collaboration collective posthume ». Sur les fonds des reproductions, Goetz va laisser libre cours aux images associatives que lui suggèrent des œuvres célèbres. C'est en les découvrant en 1939 qu'André Breton leur trouve le titre de Chefs-d'œuvre corrigés. Elles seront exposées dans leur ensemble pour la première fois en 1975 par la galerie Jean-Claude Bellier à Paris, dans le cadre de l’exposition rétrospective Henri Goetz.

La peinture de Goetz n’est cependant jamais dirigée que par le symbolisme des rêves : la spontanéité et l’imagination l’emportent toujours sur l’interprétation du subconscient. Pour les surréalistes, le tableau est le théâtre d’opérations mentales ; pour Goetz, il est principalement le lieu de construction d’un monde inventé, où l’imagination règne et le tableau se nourrit de ses propres sources. La différence est capitale : pour Goetz, tout repose sur l’activité imaginative et inventive et non sur la psychologie.

« Je croyais pouvoir créer des formes où mon inconscient rejoindrait ceux des autres. Cette démarche n’était pas étrangère à celle des surréalistes mais sa réalisation s’opérait dans un univers des formes pour moi abstraites, mais évocatrices d’objets connus, parfois organiques. Cette ressemblance ne m’intéressait guère, ce qui m’éloignait des surréalistes. L’espace de mes tableaux ressemblait à celui des œuvres classiques. Je n’étais pas considéré comme artiste abstrait et pourtant je me sentais plus près d’eux1. »

La Seconde Guerre mondiale

Le début de la Seconde Guerre mondiale trouve Henri Goetz et Christine Boumeester en Dordogne. Grâce à sa nationalité américaine, Goetz n’est pas mobilisable. À l’arrivée des Allemands à Paris, en juin 1940, ils décident d’y rester, puisque l’Amérique n’est pas encore entrée dans le conflit. Mais Paris se vide rapidement et ils partent alors pour Carcassonne rejoindre le groupe surréaliste belge de René Magritte et Raoul Ubac. Deux mois plus tard, ils reviennent à Paris, dans leur nouvel atelier au 72, rue Notre-Dame-des-Champs, où ils fondent, avec Christian Dotremont et Raoul Ubac, La Main à plume, première revue surréaliste parue sous l’occupation.

C’est à cette époque que Goetz s’engage dans la Résistance. Sa véritable activité est la fabrication de faux papiers, son habileté de peintre et sa connaissance des techniques d’impression étant mises au service de la lutte contre l’occupant. Il imprime également des tracts et des affiches qu’il parvient à coller aux murs grâce à une technique spéciale, en jouant aux amoureux avec sa femme Christine.

En 1942, l’Amérique entre en guerre. Christine Boumeester et Goetz sont obligés de se cacher, en habitant des petits hôtels de Paris. Dénoncés par un poète surréaliste tchèque[Lequel ?] pour leur activité clandestine et comme « membres importants de la Résistance »[réf. nécessaire], ils sont contraints de quitter Paris.

En collaboration avec Christine Boumeester, il illustre La Femme facile de Georges Hugnet. Il illustra également de dix lithographies les Explorations de Francis Picabia. Ils se réfugient à Nice et louent une chambre chez des habitants de la vieille ville. Retirés à Nice, les Goetz fréquentent Francis Picabia, Alberto Magnelli, Jean Arp, Nicolas de Staël. Décidés de partir pour l’Amérique, ils en sont empêchés par l’occupation allemande de la zone libre et la fermeture du consulat des États-Unis. Dénoncés de nouveau à Nice, ils doivent partir pour Cannes. De nombreux petits emplois exercés à Cannes leur permettent de survivre.

Après l’explosion d’une bombe à retardement chez eux, les Picabia les hébergent le temps de trouver un nouveau logement. Pour Goetz, l’amitié avec Picabia « était stimulante, plein d’étincelles de génie »[réf. nécessaire]. Marie Lluisa Borras, auteur d’une monographie de référence sur Picabia en 1985, considère que « le retour à l’abstraction de Picabia est dû aux conversations avec ce jeune couple de peintres, Christine Boumeester et Henri Goetz […]. Ouverts et cordiaux, ils étaient amis avec de nombreux artistes de leur génération, Hartung, Vieira da Silva, Domela, Atlan ou Raoul Ubac, avec qui ils avaient fondé La Main à plume, considérée comme l’organe de la seconde vague surréaliste6. »

Un emploi trouvé à la mairie du Cannet permet à Goetz de ne pas partir en Allemagne pour le service du travail obligatoire. Ses activités dans la résistance étant terminées, il reste au Cannet jusqu’à la fin des hostilités.
La Libération

À la Libération, Goetz rentre à Paris, où il retrouve son atelier de la rue Notre-Dame-des-Champs. En 1945, René Guilly, que Goetz connaît par Ubac, l’invite faire des reportages pour la rubrique « peinture » de son émission hebdomadaire radio Le Domaine de Paris à la Radiodiffusion française.

En 1947, le cinéaste Alain Resnais tourne Portrait d'Henri Goetz, son premier film. C'est un court-métrage muet tourné en 16mm d’une durée de 21 minutes.

En 1949, Henri Goetz obtient la nationalité française.
L'abstraction

Avant 1947, un changement s’opère dans les dessins de Goetz. Il se détache progressivement de l’imprégnation surréaliste. Il s’oriente vers un graphisme, les images et les constructions s’épurent, se simplifient, il donne de plus en plus d’importance à la ligne et au trait qui deviendront la matière même de la composition. Il faudra attendre 1947 pour que cette tendance se généralise dans tout son art.

Il n'y a plus de visions chargées par l’inconscient et les formes allusives : la primauté est donnée à la construction par la ligne, la technique picturale est d’une touche plus libre et on ne trouve plus trace des glacis ni du clair-obscur. Une plus grande importance est donnée à la couleur et a sa puissance expressive. Goetz est en train de libérer et d’explorer sa palette.

Au cours des années 1950, l'abstraction de Goetz est voisine de celle d'Hans Hartung, de Pierre Soulages et de Gérard Schneider par la vivacité des tracés graphiques et le rôle des fonds colorés7. Dès 1960, le monde extérieur reprend place dans l'élaboration des œuvres, à partir des suggestions offertes par le paysage ou les objets (Bord de rivière en Corse, 1965, pastel à l'huile, collection particulière[réf. nécessaire]).

La période abstraite de 1947 à 1960 est une période de transition qu’il faut distinguer de l’abstraction comme constante de son esthétique. Dans cette période, l’artiste fait le point sur tous les moyens d’expression qu'il expérimente jusqu’à trouver ceux qui vont renouveler son style. L’espace de la peinture de Goetz change, il reçoit une nouvelle lumière. L’espace n’est plus le rideau de scène, c’est une réalité sensible[pas clair]. De 1950 à 1960, une géométrisation de plus en plus poussée s’affirme. Les formes se dépouillent et se séparent finalement les unes des autres, sur un espace richement coloré.
Yoshiko Hirasawa
Japon
Surréalisme
Yoshiko ne nous est pas tombée du ciel, mais presque.
On ne saurait trop rappeler dans quelles surprenantes conditions cette artiste japonaise contemporaine allait rompre avec sa première vie pour accéder au monde de la peinture. Yoshiko Hirasawa, munie d’une maîtrise ès lettres de l’université Keio (Tokyo), avait en effet commencé une brillante carrière de présentatrice à la télévision japonaise NHK. À l’occasion d’un voyage à Paris, elle abandonna brusquement ce métier pour se consacrer à l’art.
Dans sa peinture inspirée de l’école métaphysique, Yoshiko se situe en position de « médium » par rapport au monde extérieur, toujours prête à capter des signaux furtifs et les présences incertaines « de l’autre côté du miroir ». Yoshiko présente sa première exposition à Paris avec le concours du ministère de la Culture, en 1979. Par la suite, elle participe à de nombreuses expositions en France et à l’étranger.
À Paris, elle expose en compagnie de Marcel Duchamp et de Max Ernst (Galerie Artcurial). La FIAC lui consacre une exposition personnelle, ainsi que la Pinacothèque de Bari (Italie), le Fuji Television Gallery à Tokyo et le musée d’Art moderne de Toyama. Elle eut encore le rare honneur d’une exposition personnelle au musée national du Palais d’Été (Saint-Pétersbourg). En cette fin de siècle où l’art cherche désespérément un nouveau souffle, on ne peut continuer à ignorer l’œuvre de Yoshiko.
En présentant pour la première fois une rétrospective de sa peinture, ce livre cherche à pénétrer son secret.
À la fin de l’ouvrage, une anthologie critique réunit des textes de Georges Boudaille, Stéphane Déligeorges, Jean-Pierre Faye, Alain Jouffroy, Gilbert Lascault…
Endre Rozsda
Hongrie
Hongrie 1913 - Paris 1999
Surréalisme
Endre Rozsda (Mohács, Hongrie 1913 - Paris 1999) est l’auteur d’une œuvre personnelle et secrète, à la frontière de différents mouvements artistiques, récusant la distinction abstraction-figuration, dont l’idée du temps constitue le sujet essentiel.

En 1938, il est ébloui par un concert de Bela Bartok qui lui révèle sa propre modernité. Il vient à Paris où il rencontre Vieira da Silva, Giacometti, Picasso et se lie d’amitié avec Françoise Gilot


Persécuté par le nazisme retourne en Hongrie, où il sera piégé par le stalinisme, Rozsda décide, en 1957, de s’installer définitivement en France. André Breton préface le catalogue de sa première exposition à la Galerie Fürstenberg et, en 1964, Marcel Duchamp lui décerne le prix Copley

Soutenu par des amateurs éclairés, Rozsda poursuivra son œuvre dans l’intimité de son atelier, loin du marché de l’art. Il pouvait passer plusieurs années sur un tableau « sans se plier aux exigences de la mode » comme l’avait noté Jack Lang. Il a peint et dessiné, inlassablement, jusqu’à la fin de ses jours au Bateau Lavoir.
?Après la rétrospective ROZSDA le temps retrouvé, présentée en juin dernier à l’Orangerie du Sénat, la Galerie Les Yeux fertiles propose une exposition ROZSDA Retrouvailles où le public parisien va pouvoir redécouvrir cette œuvre exceptionnelle.

« RETROUVAILLES »

Ce sont tout d’abord des Retrouvailles avec la ville de Paris, adoptée, aimée par Rozsda, arpentée inlassablement avec crayon et appareil photo. Retrouvailles, aussi, avec le quartier de St Germain des Prés où André Breton avait présenté ses toiles pour la première fois en 1957, place Fürstenberg dans la galerie de Simone Collinet, la galerie même où Joyce Mansour a présenté en 1963 la dernière exposition publique de Rozsda.
Retrouvailles, ensuite, avec les œuvres que Rozsda avait cachées au public depuis 1963, dont la galerie Les Yeux fertiles nous offre une belle sélection.
Enfin, la galerie Les Yeux fertiles nous permet des Retrouvailles avec l’esprit promeneur de Rozsda : elle est située en bas de la rue de Seine, juste en face de la rue des Beaux-Arts, avec vue sur l’Académie des Arts, l’ancienne librairie du Minotaure et l’hôtel des Beaux-Arts où Rozsda avait rencontré Jorge Luis Borges.


Ugo Sterpini
Italie
1927-2000
Surréalisme
Max Walter Svanberg
Suède
1912_1994
Surréalisme
Max Walter Svanberg commença des études techniques d'arts appliqués en 1929 puis rejoint une école d'art en 1931. Il exposa ses premières œuvres en 1935. Il démarre le mouvement Minotaure en 1942 avec Hulten et Osterlin. Il a cofondé le mouvement artistique Imaginisterna en 1948. Il a également fondé le groupe suédois Imaginist, mais le quitta peu après. En 1949, suite à des rencontres avec Asger Jorn le mouvement Imaginisterna est devenu la branche suédoise du mouvement artistique CoBrA. En 1950 il publia un album de lithographies. Il commença à intégrer le mouvement surréaliste de Paris en 1955 et fut exposé à la Galerie de l'Étoile Scellée la même année. En 1958 il illustra à l'encre de Chine une édition des "Illuminations" de Rimbaud.
Claude Tarnaud
France
1922-1991
Surréalisme
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Claude Tarnaud découvre le surréalisme et le jazz, et se dégage de l'emprise d'une mère qu'il juge étouffante. Puis en 1946 il fonde avec Yves Bonnefoy et Jaroslav Serpan la revue La Révolution La Nuit, mais il prend aussitôt ses distances avec le groupe. La même année, il s'installe dans une chambre d'hôtel près du métro Saint-Paul à Paris, avec Claudine Merlin, dite Eaudine. Une fille, prénommée Sylvie, naît le 19 juillet de la même année, alors que le couple déménage pour Ascona, à la frontière italo-suisse. C'est alors que Tarnaud commence à rédiger Le Journal du scorpion, manuscrit perdu3, dans lequel il se situe son existence sous les figures allégoriques et antagonistes du scorpion, symbole de libération, et de la chauve-souris, symbole du vampirisme de la mère. Cédric Demangeot écrit que « cette aptitude qu'il se découvre, à “assumer quotidiennement un mythe”, en traquant en l'occurrence les manifestations du scorpion jusque dans les événements les plus infimes du quotidien, est déjà l'ébauche de ce “mythique-vécu” que tous ses écrits à venir mettront en œuvre et interrogeront. »4 Après un bref retour au domicile familial de Maisons-Laffitte, Tarnaud rompt définitivement avec ses parents et s'installe de nouveau avec Eaudine à Paris.

Il y rencontre alors les figures majeures qui exerceront sur lui une fascination durable : André Breton, Victor Brauner. Il se lie également d'amitié avec Stanislas Rodanski, Alain Jouffroy, Sarane Alexandrian, le peintre Jacques Hérold. Selon les mots de Sarane Alexandrian, ils forment « un quatuor insolite qui scandalisera la vieille garde surréaliste »5, revenant au dandysme nihiliste des précurseurs du surréalisme, Jacques Vaché, Arthur Cravan, Jacques Rigaut. C'est l'époque de ce qu'il nomme la Nef des fous, et tout le monde vit plus ou moins sous le même toit, Impasse de l'Enfant-Jésus à Paris. Il participe activement à l'Exposition internationale du surréalisme de 1947, et l'année suivante à la revue Néon (5 numéros de janvier 1948 à avril 1949), dont il est un des membres fondateurs avec Stanislas Rodanski, Sarane Alexandrian, Jind?ich Heisler et Véra Hérold. Cette revue, à laquelle participent aussi Victor Brauner, André Breton, Charles Duits, Julien Gracq, Benjamin Péret, se propose d'apporter une nouvelle lumière sur le Monde et d'aller du Néant à l'Être, et porte en exergue la formule « N'être rien, Être tout, Ouvrir l'être ». En novembre 1948, en désaccord avec l'exclusion du peintre Roberto Matta, il rompt avec le groupe surréaliste, à l'instar de ses amis Brauner, Rodanski, Alexandrian, Jouffroy. En même temps, assez vite c'est pour Tarnaud « le début d'un isolement qu'il entretiendra, non sans douleur mais sciemment, jusqu'à la fin de sa vie », commençant à se défier de « l'importance » de la littérature comme carrière, pour se réclamer d'un « sourire bouche close », du « seul silence qui sera son suicide. »6 C'est aussi l'époque où il fait deux lectures capitales et bouleversantes pour lui : Ulysse de James Joyce et Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry.

En 1951, il épouse Henriette de Champrel, Gibbsy, rencontrée deux ans plus tôt (après sa séparation d'avec Eaudine) et avec qui il vivra jusqu'à sa mort. Elle illustrera de ses peintures plusieurs textes et poèmes, le plus souvent manuscrits à quelques exemplaires, de Tarnaud. Ensemble, ils partent à Genève où il travaille en tant que traducteur pour l'ONU. En 1952 ils ont une fille prénommée Pierrille. Il publie alors à compte d'auteur son premier livre, The Whiteclad Gambler - Le Joueur blancvêtu ou Les Écrits et les Gestes de H. de Salignac (à l'imprimerie de la Sirène à Genève), sorte de poème épique inclassable, illustré par Henriette, qu'il poursuivra dans ses trois autres proses : La Forme réfléchie (1945), L’Aventure de la Marie-Jeanne ou Le Journal indien (1965) et De (1974).

Il est ensuite associé avec François Di Dio, rencontré en 1952 par l'intermédiaire de Ghérasim Luca, à la direction de la revue Positions publiée aux éditions Le Soleil noir, maison à laquelle il donnera trois ouvrages. Se tenant à l'écart du monde littéraire et de ses simulacres, il estime qu'il importe avant tout d'inventer sa propre vie, en conjurant « l'abîme que l'on a délibérément creusé entre le “vécu” et l'imaginaire »7, avec la liberté d'une existence et d'une écriture liées dans la même aventure mentale, « mythique-vécue », selon sa propre expression. De cette expérience intérieure d'une autre vérité, Patrice Beray écrit qu'elle déploie « une pensée renouvelée de la portée épique du poème. [...] une vision du monde éprouvé comme une réalité indépassable. [...] poème en effet que ce qui doit être inventé et n'est nulle part écrit, ne ressortit plus à aucune forme léguée du poème, pas plus que ne sont tracés les chemins de vie propres. »8

De 1953 à 1966, il participe aux activités du mouvement Phases et collabore à la revue du même nom, dirigée par Édouard Jaguer.

Tarnaud fut un infatigable voyageur, quittant la Suisse dans le cadre de ses missions diplomatiques pour Mogadiscio, Addis-Abeba, New Delhi ou New York, puis, après avoir démissionné de son poste aux Nations Unies, finit par s'établir en 1969 en Provence, au lieu-dit de Salignan, près d'Apt, devenant alors le voisin de Julio Cortázar, installé à quelques kilomètres de là, au village de Saignon. De son séjour à Mogadiscio, en Somalie, entre 1953 et 1959, Cédric Demangeot écrit : « C'est posté sur ce rivage que Tarnaud, sémaphore de l'invisible, va recommencer à apercevoir, à recevoir de toutes parts et à renvoyer, comme un miroir réfléchit, toute une série de signes, de messages silencieux, chargés du sens le plus troublant, le plus stupéfiant - le sens noir du mystère -, et qu'il se garde bien de décoder ou d'interpréter mais qu'il recueille scrupuleusement, avec toute l'attention et toute la tension dont il est capable. » Cependant, Demangeot ajoute que l'« aventure » errante de Tarnaud ressemblera « de plus en plus à un exil indéfini, vers toujours plus d'esseulement. » 9 C'est également à Mogadiscio que naît en 1954 son fils Gérard, ou Gerry (mort en 1970).

En 1959 Claude et Gibbsy Tarnaud quittent la Somalie pour New York, où ils vivront jusqu'en 1962, et où il se lie d'amitié avec Eugenio Granell et Wifredo Lam. Tarnaud entretient une relation ambiguë et conflictuelle, entre fascination et dégoût, avec cette « métropole merveilleuse et insane », « Cour des Miracles » où dominent « libéralisme et famine spirituelle », ainsi qu'il l'écrit dans une lettre à Alain Jouffroy : « Cette ville, ce pays sont affreusement débilitants, à la longue, et la révolte sourde et braisée dont on devient vite le récipient ne peut, chez moi, se manifester autrement que par le geste, paralysant tout désir d'écrire. »10 Néanmoins, passionné de jazz, Tarnaud a la chance d'entendre en concert le pianiste Thelonious Monk, le « désaccordeur voyant » qu'il vénère particulièrement et qui lui permet d'« éprouver les vertus éminemment musicales de la marijuana »11 (présente, de manière symbolique et lyrique, dans la plupart de ses textes). En 1966, il rencontre Pénélope et Franklin Rosemont qui fondent à Chicago, grâce à lui, le premier groupe surréaliste des États-Unis d'Amérique.

Il resta très proche de Stanislas Rodanski12 avec lequel il a de nombreux points communs : un certain dandysme, une fascination pour Jacques Vaché et le goût de la « distance »13. L'aimant comme un frère, Tarnaud est profondément et durablement affecté par l'internement volontaire et définitif de Rodanski en 1953. Il fut aussi très lié au poète Ghérasim Luca, même si leur amitié fut en crise perpétuelle14, et à Marcel Duchamp avec qui il organise en 1961 la grande exposition surréaliste de New York, Surrealist Intrusion in the Enchanters' Domain (Galerie D'Arcy).

Au cours des années 1960-70, il entretient une belle amitié avec Julio Cortázar, rencontré en 1964, lequel le mentionne dans sa présentation de l'ouvrage Le Bestiaire d'Aloys Zötl (1831-1887) 15, mais également avec le poète Jean Thiercelin, le surréaliste tchèque Petr Král, le poète et peintre Jacques Lacomblez, qui publia dès 1959 certains de ses textes dans sa revue Edda et dont l'amitié ne se démentit jamais jusqu'à sa mort. À propos de ses amitiés et de ses exigences de vivre, Cédric Demangeot note que Tarnaud rêvait toujours d'« être ivre comme on est ami, ou d'être ami comme on est ivre »11.

Dans les dernières années de sa vie, hanté par la question du silence, Tarnaud n'écrit quasiment plus, mû par un désir de « tout lâcher » et devenant de plus en plus solitaire, estimant inévitable la compromission du poète, fût-il le plus pur. C'est ainsi qu'il écrit au début de son quatrième et dernier livre de prose intitulé De (dernière syllabe du Bout du monde - texte qu'il commence en 1967, mais laissera inachevé), une sorte de journal d'errance dans l'espace et le temps, à la fois révolté et nihiliste : « je me demande si chaque œuvre, chaque geste que nous commettons publiquement en qualité (notamment, que noue le voulions ou non) d'artistes, n'est pas à plus ou moins longue échéance inévitablement réductible à l'idée de culture qui sous-tend non seulement un système social, économique et conceptuel puant, mais aussi et surtout une construction de l'homme qui apparaît sans issue. »16

Pour ultime prise de parole, Tarnaud signe une réponse laconique, de quelques lignes, à une « Enquête sur le silence » de la revue Actuels (numéro 23 consacré à Stanislas Rodanski). Il meurt à Avignon en 1991. Gibbsy Tarnaud meurt à Apt, le 20 février 2014.

Une galerie parisienne lui a consacré une rétrospective en 2009 : on a pu alors découvrir l'univers longtemps occulté d'un inventeur de formes17.